20 ans de graffiti HNT-POCH-RCF-STAK/WASTED TALENT/2008
1988-1989:
Sur le nouveau continent, les rames du métro New Yorkais subissent leurs dernières heures de gloire graffitesques. Le vieux continent connaît la fin de la guerre froide, un mur tombe, un rideau s’ouvre... Et le graffiti importé de New York avec le Hip Hop, relayé par Subway Art et Style Wars s’installe en Europe... Il s’inscrit sur les murs et dans les esprits, envahit le sous sol parisien comme sa surface et s’ajoute aux pochoirs punk rock et affiches existants pour devenir d’une « visibilité aveuglante » (Alain Vulbeau).
Le « world wide web » et son flot constant d’images et de données pour tous, partout, tout le temps, n’était encore qu’un fantasme d’universitaires. L’accés à l’information, au phénomène outre-atlantique ne se faisait pas en deux clics et c’est dans la rue que ça cherchait...
C’est alors que quatre jeunes garçons dans le vent, chacun de leur côté, se rebaptisent respectivement RCF, Stak, Honet, et Poch...
Immergé dans la culture punk rock, Poch réalise des pochoirs sur les murs de la ville de Meaux, Honet s’introduit sur les voies ferrées et y consomme son premier mur, Stak se lie d’amitié avec Colorz en banlieue parisienne tandis que RCF peint dans la gare de La Défense. Le début d’une aventure...
De l’origine un océan nous sépare et ni Meaux, ni Puteaux, ni Sartrouville ni le treizième arrondissement ne sont des annexes des « five boroughs » . « I am a sartrouvillois baby !» Il n’est pas question de singer les jeunes noirs issus du ghetto New yorkais, et si un modèle est importé il ne sera pas dupliqué mais approprié et intégré à leurs propres systèmes de références...
Pour eux, le graffiti n’est pas un dogme mais une pratique en « mouvement » dont ils font ce qu’ils veulent...
A la croisée des chemins...
« Ouverture » :
Stak transforme peu à peu ses quatre lettres pour en faire ses premiers logotypes, Poch n’abandonne nullement ses pochoirs et affiches, Rcf peint ses premiers fantômes et Honet aprés s’être interessé aux dehors parisiens s’intêressent à ses dessous, en s’introduisant régulièrement dans les catacombes, perpétuant la tradition de ces promeneurs de l’ombre qui laissent une trace de leur passage...
« Mouvement » :
Stak, Poch et Honet partent découvrir de nouveaux horizons, précisément pas vers l’Ouest Outre-Atlantique mais vers notre nouveau monde : l’Europe de l’Est... Tandis que Rcf s’intéresse à la diffusion « en dedans » et devient rédacteur en chef de Gettin’ Fame.
Non pas en opposition avec le modèle traditionnel américain mais tout contre, le quatuor se réapproprie le graffiti, en le désenclavant de son horizon de référence (le hip-hop, la subculture, l’urbain, la banlieue, l’adolescence, la révolte...) par intégration à leurs propres références (du punk à la danse macabre), il le réinvente en tant que pratique (le nom, la lettre, le vertical, le vandalisme, le voyage...)...
En tout cas, en jouant des « cross over » entre graffiti-référence et graffiti-pratique, par frottement et collusion ils tracent quatre chemins parmi une infinité de possibilités...
RCF multiplie ses expériences d’illustrateur en réalisant des pochettes de disques pour Bob Sinclar et France Cartigny tout en investissant la galerie Speerstra. Il intègre à ses oeuvres « la veine du tag au quotidien, sans trop de pudeur, entre la frime et la psychose graphomaniaque » pour « dresser un journal de bord en graffiti ».
Stak devient rédacteur en chef de World Sign (de 2002 à 2004), magazine qui définit un lien entre art et rue, expérience renouvelée avec la création et l’édition de Nu sign, « art in progress magazine », qui se veut « être le reflet de la jeune création contemporaine » en dépassant « les clivages rue-galerie et représenter une génération de créateurs dont l’oeuvre dépasse les frontières du street-art ».
Sa pratique s’enrichit de son entrée dans le cube blanc de la galerie précisément en jouant du croisement des différents systèmes de référence, par exemple : Dessiner une rosace au plafond à la flamme d’un briquet revient à clasher une certaine image de la bourgeoisie parquet/moulure à celle d’une banlieue désoeuvrée qui marque au briquet le plafond des parties communes, il donne à voir une forme de rencontre entre « populaire et chic »...
Poch traverse l’Europe aux côtés de Honet, tour à tour pochoiriste ou graffiteur, il réalise des performances pour Cheap Mondays en Suède. Riant des stéréotypes graffitesques, un livre "Teenage Kicks", trace une rétrospective de sa collaboration avec Rock. Ils pratiquent un graffiti décomplexé et libéré des contraintes de l'imagerie hip-hop traditionnelle tout en s'amusant à en détourner les codes.
Il n’est pas question pour Honet de faire entrer le graffiti stricto sensu dans l’espace d’exposition, et quand il ne travaille pas pour Prada et que pour la première fois il expose des toiles à la galerie Speerstra, il l’envisage comme ce qu’il est, c’est à dire avant tout comme une « pratique » : un « acte » et pas seulement son résultat. Le graffiti y est transcrit comme un acte à caractère « symbolique ».
1988-2008 : 20 ans
GRAFFITI IS NOT DEAD !
Loin de tout bilan rétrospectif et contemplatif, RCF, Poch, Honet et Stak prouvent par leur pratique, que le graffiti n’est peut-être pas qu’un geste immature de jeunes adolescents en souffrance.
Loin d’une étape, d’un passage dans une carrière artistique plus adulte, le graffiti, en tant que pivot de leur pratique et de leur réflexion, se démarque d’une lecture univoque et simpliste.
Conclusion : Il est possible de faire de vieux os dans le graffiti!
C.T.M.

