Craieffiti/WorldSigns#4/automne 2003
« Vendredi, 7h30, plus de douze heures passées devant mon écran, le sang a trouvé sa place dans le fond de mon œil. Ma tête est encore prise dans la toile. Saleté de réseau, problèmes de connexion. Début de journée difficile, café clope réglementaire. Mes jambes me sortent de mon antre, le tracé des rues s’étend complexe, problèmes de routeurs, je m’enfonce dans les entrailles de la ville. Seize lignes de transport suburbain, la bande passante est encombrée, on se bouscule aux portes du réseau. Le flux se dirige, se divise, correspondances, problèmes de routeurs, déviation, bifurcation, lent serpent se contorsionne à s’en mordre la queue. Terminus. Tête baissée, j’atteints la sortie, les murs de la ville bavent de peinture et de signatures parasites, les jours se ressemblent, routage identique, immuable, mes pas me guident, je pourrais y aller les yeux fermés, je ferme les yeux… Un choc. Problème de synchronisation. Un homme, portable ouvert. Connexion établie.
Vendredi, 7h30, je fixe mon antenne sur mon ordinateur portable, bricoloage rudimentaire. Je me prépare à arpenter, craie en main, les rues d emon quartier, véritable pépinière d’entreprises. Cette monstrueuse plante multiplie ses ramifications, le cablage l’asphyxie, sa survie est liée aux accès réseau. Pour désengorger la bande passante elle expérimente de nouveaux protocoles de transport de l’information en développant l’accès internet via les ondes radio. Je tente de m’y greffer en parasitant la plante mère qui ne se protège pas encore.
Les règles sont simples :
Pour se libérer du cablage ombilical et ne pluys rien lui devoir, je traque la faille du monstre, je m’émancipe de la bande passante encombrée en trouvant un nœud ouvert dans le réseau radio. Inlassablement, je quadrille le quartier en usant mes craies, rue après rue une fine poussière se répand sur mes mains, je fais un accroc dans le tissu urbain en y inscrivant des craiefiti, signe de reconnaissance des wifistes. Partager, distribuer, la toile ne m’étouffera pas, les affranchis reconnaîtront le tracé et accèderont au réseau gratuitement.
Pris dans le flux pendulaire les zombies se dirigent vers leur lieu de travail. Je suis pris par l’ivresse du tracé, je ferme les yeux. Un choc. Un homme, yeux rougis. Je devine sa nuit.
Connexion établie. »
C.T.
