Face au large, face au vide. Wulfran Patte & Nicolas Tkatchouk
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Dans un monde ou plus aucun territoire n’est à découvrir, ou règne la localisation GPS, bientôt assistée par les nanotechnologies, certains naufragés, dont le modus operandi est la dérive romantique, rêvent encore, à l’abri d’une topographie systématique, de lieux inexplorés.
URBI ET ORBI, à la ville/à la campagne
Leur exploration peut être verticale, à l’assaut des strates urbaines, ou horizontale, en suivant le relevé inachevé des bunkers du mur de l’Atlantique, mais la visite n’est certainement pas guidée. La stratification et la densité urbaines permettent, lors d’une promenade improvisée, de repérer des accès aux édifices religieux ou publics. Ces accès sont facilités par des échafaudages (invitations à l’intrusion pour ces pèlerins d’un jour), signes d’une volonté patrimoniale de restauration qui s’intéresse plus aux Eglises et aux bâtiments officiels qu’aux bunkers abandonnés. Ce n’est pas un hasard, il s’agit, pour l’Etat, de propager une mémoire positive d’une histoire ou d’un évènement en vue de la faire ré(ai)sonner avec le moment présent.
La localisation des bunkers requiert quant à elle plus de rigueur et une part de chance non négligeable. Héritage honteux, et véritables scories sur l’épiderme de notre belle nation, ces forteresses abandonnées et isolées ne sont pas toutes répertoriées. Certaines attendent encore d’être exhumées, il s’agit alors de glaner et de croiser un maximum d’informations afin de les assiéger.
A l’assaut des ronces ou des parois des monuments, les corps souffrent mais il ne s’agit pas d’exercice de gymnastique de monte en l’air ou de mise à l’épreuve du flair du ramasseur de champignons. Il s’agit de vaincre ses petites craintes, sa peur du vide, sous les pieds et en face de soi. Le trajet semble guidé par un faisceau d’histoires infinitésimales, minuscules parce qu’individuelles, du bâtisseur de cathédrales au soldat du IIIème Reich prises dans le tourment de la grande broyeuse : L’histoire avec un « h » majuscule.
HORIZON(s)
Sur un clocher, ou dans un bunker, face à l’horizon, la contemplation se fait méditation :
« Sentinelle, qu’en est il de la nuit ? »
La sentinelle répond :
« la nuit vient, le matin aussi (…) »
Esaîe 21, 6-12
Versets 11,12
En attendant le moment magique de l’aube ou du chaos, le guet scrute l’horizon et veille aux âmes endormies.
Un événement éloigné dans le temps peut nous être aussi étranger qu’un événement éloigné dans l’espace, seules l’imagination et la rêverie permettent la rencontre entre l’espace et le temps.
Qu’en reste t-il ?
Sauter dans le vide, le temps devient élastique, il est alors possible de prendre le large.
Vous serez simultanément témoin des découvertes de ces explorateurs modernes et spectateur plongé dans une expérience sensorielle :
Faites vôtre leur sensation, vivez l’angoisse du soldat scrutant l’horizon et éprouvez de la béatitude face au vide !
Cette aventure est psychogéographique quand l’objet de la dérive devient un plaisant prétexte pour enclencher un processus de réappropriation de l’espace public confisqué par le pouvoir, au nom de la sécurité ou de la salubrité (politique hygiéniste évidemment soutenue par l’urbanisme officiel.)
Qu’attendez vous ? Enjambez la barrière et surtout ne craignez pas le vertige !
C.T.M
