HET KABINET/HONET, GUES, ALLERGY/SHOWROOM MAMMA, ROTTERDAM, 2009
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Par le trou de la serrure
Cet irrépressible désir de voir ce qui se passe derrière la porte close, ce « vilain » défaut définit de manière négative la curiosité.
Pourtant au siècle des Lumières, si on consulte Le Trévoux (1771) -dictionnaire qui fut une source pour l'encyclopédie de Diderot et d’Alembert– la notion recouvre une dimension triple, "Curiosus, cupidus, studiosus" : l'attention, le désir et la passion du savoir.
Le mot désigne ainsi à la fois l'état du sujet (être curieux) et la nature de l'objet (une curiosité) et jusqu’au 18ème siècle, la notion reste attachée à l'activité artistique ou scientifique de « l'amateur », figure d’ailleurs indistinctement nommée « le curieux » ou « le connaisseur » avant que cela ne devienne polémique.
C’est à dire avant la constitution d’une sphère publique autonome où l’art est devenu affaire de « spécialistes », processus engagé dés la constitution de l’Académie royale de peinture et de sculpture (1648). En instaurant une norme institutionnelle, l’Académie a infléchi l’ordre du savoir de sorte à constituer un système de valeur, donc de pouvoir.
Mais jusque là le symbole même des pratiques savantes était : le « cabinet de curiosités ».
het kabinet
Le cabinet de curiosités est une forme historique. Dés le 16ème siècle, c’est un espace privé où l’on montre à des invités sa collection, donc c’est à la fois un lieu d’exposition privé et de prestige.
Les collections se constituent autant d’objets, de médailles, de peintures que d’insectes exotiques, d’animaux chimériques et de fragments d’origine inconnue. Il n’est pas rare que le bézoard ou la corne de licorne se retrouve aux côtés de relevés topographiques de contrées perdues.
Ainsi les objets de collection sont présentés sans justification scientifique et la peinture ne possède pas encore un statut réellement singulier, il évoluera conjointement à celui de « l’amateur » collectionneur.
Le cabinet est une forme qui impose sa scénographie. Qu’il s’agisse d’une pièce ou d’un meuble spécifique, ce qui est commun est l’accumulation d’objets juxtaposés : la collection sature le champ visuel.
Dans cet espace sans hiérarchie de valeur, le regard n’a d’autre choix que de circuler de manière rhyzomatique … pourtant une certaine organisation sous tend toujours le chaos apparent.
Le cabinet est en effet un dispositif mental, il ordonne un inventaire selon des systèmes de classement (par exemple naturalia, artificialia, exotica) qui valent comme ordre du savoir où se joue la vieille opposition rhétorique (Cicéron) du docere (éduquer) versus delectare (séduire), c’est à dire , déjà, la connaissance contre le spectacle.
En effet, les cabinets de curiosité apparaissent à une époque où la science ne se préoccupe pas encore des séries et des lois naturelles, l'accidentel et le goût de l’étrange y règnent d’abord en maîtres, le rationalisme des encyclopédistes n’a pas encore fait son travail.
Autant dire que ces lieux sont autant de microcosme ou résumé du monde dont le but est d'animer l'imagination des visiteurs et/ou de lui servir de support de réflexion : le fameux memento mori.
La mode des cabinets de curiosités s’étiole au 18ème siècle avec la différenciation Beaux-arts-Lettres-Sciences jusqu’alors indissociés. Les collections se spécialisent et après la révolution française, avec l’avènement d’un espace public, entrent parfois au musée.
Au début du 19ème siècle le cabinet désormais désuet retrouve, avec le romantisme, une certaine actualité.
A la suite de l’exploitation du sous-sol parisien et à l’initiative de Héricart de Tury (responsable de l’inspection générale des carrières) on constitue de nouveau des cabinets mais sous terre. Certains « minéralogiques » présentent des échantillons de roches sur un escalier factice, du sol au plafond, sans issue. Au ciel de cette pièce on trouve une rose des vents. Certains « ostéologiques » s’intéressent aux particularités et autres monstruosités relevées dans les ossuaires.
Accessibles aux seuls initiés, ces cabinets souterrains s’enveloppent d’un romantisme tellurique qui perdure dans nos explorations.
Marges et merveilles
Nous ne sommes pas des « encyclopédistes », tout juste des « amateurs » éclairés à la PETZEL, les pieds dans la boue de notre temps.
Nous nous glissons dans des failles pour pénétrer certains secrets intimes de l’espace urbain, à la recherche de lieux transitoires abandonnés, oubliés et pour la plupart interdits. Nos traces/graffiti sont autant de drapeaux marquant la reconquête d’un territoire confisqué. Le voyage qu’il soit vertical, horizontal ou immobile n’a peut être pas d’autre objet..
Ce bric-à-brac de trois pensées en marche (Honet, Gues et W. Patte) forme ici un cabinet virtuel, chambre d’écho, espace d’expérimentation, ou laboratoire vidéo, et deviendra peut être pour vous un espace à investir, une « chambre des merveilles ».
C.T.M.
















